L'Histoire du maquis de Saint Jean du Puy
Année 1944

   

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Durant la guerre de 39 45 Trets a été connu après pour son maquis, celui de Saint Jean du Puy avec des résistants très actifs qui ont permis la libération de la commune et des environs grace à leur nombreuses actions. Les maquis sont des groupes de résistants français, soldats de l’ombre luttant contre l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale et cachés dans des régions peu peuplées.

Retour sur cette période importante de l'histoire de la commune, sur la vie de ces héros grâce à l'association des Anciens combattants de Trets qui a eu la gentillesse de prêter ses archives, récits, témoignages pour vous raconter en détails les étapes de la Libération de Trets.


Depuis 1942 et jusqu’au milieu de l’année 1944, le maquis dominant du Pays Sainte-Baume est celui du Plan d’Aups, ou de La Coutronne, à quelques kilomètres de Saint Jean, créé par les responsables Gaston Deferre et Paul Trompette avec le major britannique Roger BURDETT, alias « René FIRMIN ». Un groupe de Résistance est formé à Trets le 1er mars 1944 à la suite d’une visite de BURDETT.
Dans les semaines qui suivent, des tracts sont distribués, des volontaires sont recrutés, et instruits par Louis DELEUIL dans la salle du casino-cinéma tenu par Marius BASTARD, un autre responsable du groupe : les hommes y apprennent à manier les armes anglaises et les explosifs.

Dans la nuit du 29 mars 1944, le maquis de Saint Jean reçoit son premier parachutage pour le compte de celui du Plan d’Aups après avoir entendu le message codé à la radio : « Le beau trèfle à quatre feuilles sera bientôt pris » . Les hommes désignés pour cette action, Paul BOYER, Justin RICHAUD et les frères DELEUIL récupèrent et cachent le contenu de quinze containers largué par un avion anglais, alors qu’à moins d’1.5 km des Allemands sont postés au pic du Régagnas : ceux-ci, intrigués par le bruit de l’avion, vont même lancer plusieurs fusées éclairantes obligeant à chaque fois les gars à plonger à plat ventre. Les armes et les munitions récupérées seront livrées aux patriotes marseillais du maquis du Plan d’Aups le 7 avril par camion.


 

Dans le soirée du 26 avril, le message codé est redonné à nouveau sur Radio Londres : c’est l’annonce d’un parachutage pour le soir même au hameau de Kirbon. Maurice MOUCHET, Paul BOYER, Justin RICHAUD, Roger et Auguste DELEUIL se retrouvent sur le terrain des « oliviers de Tardivet », situé dans un vallon et dissimulé par le Pic du Régagnas. Vers minuit, le vrombissement d’un avion se fait entendre : immédiatement, quatre des hommes enflamment trois tas de feuilles et de branchages, tandis que le cinquième effectue en morse le signal convenu. L’appareil largue quinze containers qui, sous les rafales violentes de vent, vont être déportés de l’autre côté du collet : la plupart atterrissent dans un champ de vignes, en vue de l’observatoire de Régagnas, tandis que quatre d’entre eux heurtent une ligne électrique et provoque un court-circuit; tout de suite, l’un des hommes, électricien de métier, se précipite au poste électrique pour rétablir le courant avant que la panne soit signalée.

De leur côté, alertés par le bruit de l’avion, les allemands tirent des fusées éclairantes qui contraignent les cinq hommes à se jeter à terre à plusieurs reprises. Mais de retour à Kirbon, étant parvenu à rassembler 14 containers, le destinataire, un dénommé GIRAUD, invoque le danger que ces colis représentent pour lui et pour sa famille. MOUCHET demande alors à ses hommes de retourner sur les lieux et de dissimuler les containers en contrebas. Quand pointent les premières lueurs du jour, le poste à feu est enfin vide, mais l’un des hommes remarquent dans un arbre une toile de parachute rose. Le container aux pieds de l’amandier s’est ouvert à la suite d’un choc contre un muret : il contient des paires de chaussures, des pains de plastic, ainsi qu’une grande enveloppe portant la mention « colis pour FIRMIN », contenant des fonds pour la Résistance. L’homme entreprend alors de traîner le lourd container sous un petit pont qui enjambe le ruisseau à proximité et regagne Trets. Pourtant, pendant ce temps, un jeune du village travaillant au champ découvre le container et se rend à la gendarmerie pour le signaler. Fort heureusement, deux responsables de la résistance, informés de l’incident, rendent à leur tour visite aux gendarmes et leur demandent, « ordre de Londres », d’orienter les recherches vers Peynier plutôt que Saint Jean du Puy : les gendarmes classeront l’affaire, et c’est à cette occasion que l’un des gendarmes, Roger HUCHEDE, rejoindra la Résistance.

 

Dans la nuit du 29 avril, Louis DELEUIL, Maurice PORTALES, Jean BLANC et Maurice MOUCHET se rendent à Kirbon avec un camion, chargent les armes et les munitions et les transportent jusqu’au Plan d’Aups.

Le 10 juin 1944, en fin d'après-midi, un groupe de résistants de Trets est réuni à Kirbon. Il est composé de Sauveur BASSO, Marcel et Désiré PUCCINELLI, Louis ORGNON, Roger et Auguste DELEUIL, Paul BOYE, Elie BERNARDI, Justin RICHAUD, Ernest GUICHARD, Lucien TAVERNIE, Novarino ROBIGLIO, Fernand MARTIN. Il était convenu qu'un responsable du maquis devait venir les chercher pour les conduire au camp du Plan d'Aups. Ils attendent jusqu'à tard dans la soirée mais personne ne vient. Dans la nuit, déçus, ils regagnent Trets. Ce n'est que le lendemain, en apprenant l'attaque du maquis du Plan d'Aups par les Allemands, qu'ils comprendront pourquoi le contact n'est pas venu. Les Allemands ont en effet attaqué à 6h du matin et détruit le maquis du Plan d’Aups.
11 résistants seront fusillés : l’adjoint au maire du Plan d’Aups et René PORTALIER les transportent jusqu’au cimetière, où ils seront enterrés par Bernard PASQUALE. Louis DELEUIL et deux de ses compagnons d’armes (BLANC et GINIEZ), trois parmi les quelques survivants d’un combat qui dura une journée complète, traqués par les Allemands, ont abandonné le Plan d’Aups pour Marseille.

A Trets, Auguste DELEUIL reprend ses activités d'électricien. Quelques jours plus tard, alors qu'il effectue un branchement au café de France, la concierge de la mairie vient le prévenir que deux miliciens le recherchent et ont reçu l'ordre de l'arrêter, du fait de son refus de partir travailler en Allemagne dans le cadre du S.T.O. Dans les heures qui suivent, il quitte son domicile, et part se réfugier dans un jas en pleine colline, au «Perdu ». Arrivé sur place, il retrouve un de ses amis, Louis ORGNON, qui a lui aussi pris le maquis pour se soustraire aux recherches de la police de Vichy. Le surlendemain douze marins pompiers de Marseille les rejoignent. Le ravitaillement des 14 hommes est assuré le plus souvent par le père DELEUIL. L'essentiel de la nourriture qu'il leur transporte est de la farine de maïs. Pendant ce temps, Louis DELEUIL, dont la tête est mise à prix depuis l'attaque du Plan d'Aups, se cache également à Trets, dans les cabanons de BOYER. Il a reçu pour mission de réorganiser un maquis sur les hauteurs de Saint-Jean-du-Puy. Pour réceptionner les parachutages d'armes et munitions destinées à équiper le futur camp, il a choisi un terrain qui se trouve dans un grand vallon, aux pieds de «l'Olympe », tout près de la bergerie du « Perdu».  Il prend le commandement du nouveau maquis de Saint Jean avec Marius BASTARD (responsable) et Patrice BOYER.


Nouveau message le 5 juillet 1944 « La vieille momie a pris un coup de froid » un largage aérien est annoncé. Après un premier passage, l'appareil effectue une rotation sous le Mont Aurélien, se représente à nouveau dans l'axe du terrain, largue dix-huit containers puis s'éloigne en direction de la mer. Sur le terrain, on s'active pour rassembler le matériel parachuté, et le transporter jusqu'au bord de la falaise qui surplombe la plaine de Trets. Les armes et munitions sont alors placées dans des sacs de jute que des hommes chargent sur leur dos. Puis, munis de leur chargement, ils entreprennent à l'aide de cordes, la descente en rappel de la paroi, jusque dans une grotte qui se trouve dans le flanc de la falaise. A l'intérieur de la grotte, deux autres hommes réceptionnent et stockent le matériel. Des réunions d'instruction relatives à la manipulation d'explosifs, notamment des grenades «Gammon », sont organisées durant les jours suivants sous la scène du casino cinéma de Trets qui appartient à Marius BASTARD. Deux autres parachutages sont réceptionnés par la même équipe et dans les mêmes conditions sur le terrain du « Perdu ».

Le 19 et le 27 juillet, 20 nouveaux containers et 3 caisses de chaussures anglaises furent parachutée.

Le maquis se retrouve alors en possession de : 

46 fusils Mauser (9165 cartouches Il F.M. mod 24-29),
120 chargeurs (25 919 cartouches),
70 Long Brauch (13 200 cartouches),
28 mitraillettes Sten,
140 chargeurs (9 000 cartouches),
3 mitrailleuses Hotchkiss,
25 bandes chargeurs,
398 grenades défensives,
3 mortiers lance-grenades (50 grenades),
8 cylindres explosifs (plastic),
47 paires de chaussures.

Ce matériel étant stocké dans la grotte donc, mais aussi dans un aven, à proximité de la ferme de « Cabassude », la première grotte étant pleine, ou alors sous la scène du casino cinéma.
 

Certains résistants sont à demeure au maquis de Saint-Jean, soit parce qu’ils sont recherchés par la Gestapo, soit parce qu’ils sont des réfractaires du STO (Service du Travail Obligatoire). Les autres conservent leur vie et leur demeurent dans leurs villages respectifs.

Le 12 août 1944 les chefs de groupe reçoivent l'ordre de rejoindre Saint-Jean-du-Puy avec leurs hommes. C'est en cette période, que les lieutenants Paul BELCODERE et Julien BELCAIRE, arrivent au camp. Il s'agit de deux radios qui ont été parachutés dans le secteur. Jusqu'à la libération, ils assureront quotidiennement une liaison directe entre le maquis et Londres où Alger, grâce à un câble tendu entre deux arbres leur sert d'antenne.

 

Dans la journée du 13 août 1944, un combat aérien oppose deux appareils au-dessus de Saint- Jean-du-Puy. Les deux avions sont touchés et s'écrasent. L'appareil allemand tombe vers Saint-Zacharie, l'américain dans les bois de La Jolie. Immédiatement un groupe se transporte sur les lieux pour recueillir le pilote qui a eu le temps de sauter en parachute. Il s'agit alors du lieutenant Robert O'NEIL. Il demeurera au maquis jusqu'à la libération. Durant cette même période, un autre chasseur allié s'écrase à proximité de la campagne «Pinchinat ». Le pilote canadien n'a pas pu sauter. Les résistants recueillent sa dépouille, et, malgré le danger, organisent des obsèques le lendemain au cimetière de Pourrières.

Dans l'après midi du 14 août 1944, suivant les instructions de son frère Louis et de Marius BASTARD, Auguste DELEUIL se rend au château de Seillons, pour aller chercher un officier qui vient d'être parachuté et qui doit prendre le commandement du maquis de Saint-Jean-du- Puy. Il effectue le voyage à bord d'un véhicule gazogène, conduit par un commerçant tretsois proche de la Milice, et qui a été « réquisitionné» pour la circonstance. Arrivé dans la cour du château, le maquisard donne le mot de passe et est introduit dans le bâtiment, tandis que la sentinelle, suivant ses instructions, surveille discrètement le chauffeur. Là, il rencontre comme prévu l'officier parachuté quelques heures auparavant, mais c'est avec stupéfaction qu'il constate que le soldat s'est cassé les deux jambes à l'atterrissage. C'est donc seul qu'il retourne en soirée à Saint-Jean-du-Puy pour faire le rapport de sa mission.

 

Le 15 août 1944 commencent les sabotages. Un groupe fait sauter la voie ferrée au niveau de La Combe.

Le 16 août 1944 un groupe de dix hommes commandé par Roger HUCHEDE prend possession du Pic du Régagnas que les Allemands ont abandonné dans la nuit. Ils récupèrent mille litres d'essence, des caisses de vivres et quelques armes.

Le 17 août 1944 les responsables du camp apprennent qu'un convoi allemand destiné à ravitailler le front doit passer à Trets. Pour l'intercepter, il est décidé de monter une embuscade sur la route de Saint-Maximin. Deux groupes sont formés. Le premier, qui comprend les deux frères AUDRIC, Jean ASTRUC, Jean WILLIG, Henri COMINO et Auguste DELEUIL, prend position sur un promontoire surplombant la route, peu après La Beyssane. Il a pour instruction de stopper les premiers éléments du convoi par un jet de grenades « Gammon » afin de l'obliger à faire demi-tour. Le deuxième groupe composé notamment de Louis DELEUIL et Emile RESPLANDIN dispose d'un fusil mitrailleur. Il est posté au croisement de Roquefeuille, et doit ouvrir le feu sur les véhicules en retraite.

Vers minuit, tous les hommes sont à leur poste lorsque retentit brusquement une explosion. Ils ne le savent pas, mais il s'agit d'un autre groupe de résistance de Trets, qui a plastiqué un gros pin pour le faire tomber en travers de la Nationale, et barrer ainsi la route. Un moment plus tard, passe une moto conduite par un soldat allemand blessé, la tête enveloppée de bandages. Les résistants n'interviennent pas. Peu après se présente un camion. Deux soldats sont dans la cabine et quinze sur le plateau, assis autour des caisses de munitions. Lorsque le véhicule passe à la verticale de leur position, les hommes lancent des grenades « Gammon» sur le camion qui s'enflamme immédiatement, puis explose. Tous les soldats sont tués. Après encore un moment d'attente, les résistants constatent qu'il n'y a pas d'autres véhicules. En fait, ils ne l'apprendront que plus tard, le reste du convoi avait été bloqué par le pin, seul un camion avait pu passer. Vers une heure du matin, l'ordre de dispersion est donné. Pour limiter les risques, il est demandé à chacun de rejoindre le campement individuellement. Mais leur retour sera difficile, les maquisards (Auguste et Roger DELEUIL, Jean WILLIG et Pierre CARRETIER) sont à plusieurs reprises surpris par des allemands mais s’en sortent en lançant une grenade sur un véhicule) puis en se dissimulant dans un ruisseau.

 

Le 18 août 1944, un détachement composé de Louis DELEUIL, Marcel PUCCINELLI, Jean WILLIG, Sauveur BASSO, Fernand MARTIN, un nommé POZZOLI et un jeune marseillais servant le F.M. dresse une embuscade sur la Nationale 7, à proximité du croisement de Trets. Les sept hommes munis de grenades « Gammon », sont dissimulés dans le ruisseau lorsque se présentent trois chars allemands qui s'arrêtent tout près d'eux. Louis DELEUIL fait signe aux hommes de ne pas intervenir, jugeant l'opération trop risquée. Après une courte pause le convoi se remet en marche en direction de Nice. Un moment plus tard, arrive une voiture transportant cinq officiers de la Wehrmacht suivie d'un camion. Au commandement de Louis DELEUIL les hommes lancent des grenades et le fusil mitrailleur crépite. Les deux véhicules sont détruits ainsi que leurs occupants. Il n'y a aucun survivant. Sur le chemin du retour, le détachement fait prisonniers huit soldats allemands qui sont couchés dans le pavillon de chasse de la ferme de La Neuve.

Le 19 août 1944, une patrouille de vingt-cinq hommes commandée par Louis DELEUIL et Augustin RICHAUD fait huit prisonniers dans les bois de Puyloubier.

Le 20 août 1944 au matin, la jonction est effectuée avec l'avant-garde des troupes américaines débarquées. Dans l'après-midi au cours d'une patrouille, un groupe fait prisonniers 59 soldats de la Wehrmacht qui souhaitaient se rendre contre l'avis de leurs chefs, deux jeunes officiers S.S.

Le 21 août 1944, vers cinq heures du matin, les deux jeunes officiers fanatiques sont abattus alors qu'ils tentaient de s'évader.

 

Le 22 août 1944, tous les prisonniers sont conduits à Saint-Zacharie et remis entre les mains du Colonel CHARTIER commandant le 5SèmeRD.A.

Dans les jours suivants, cinquante maquisards de Saint-Jean-du-Puy, se rendent à Marseille où ils prendront une part active dans la libération de la ville. Trente d'entre eux poursuivront le combat dans le bataillon de Provence jusqu'à la capitulation de l'Allemagne.

 

Sources : ANCIENS COMBATTANTS DE TRETS, Suzanne et Maxime VAUDANO;
témoignage AUGUSTE DELEUIL recceuilli par ALAIN DECANIS

 

 

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