A PROPOS DE L'ECOLE NOUS VOUDRIONS VOUS DIRE

Causerie réalisée par GUY VAN OOST, le 18 Septembre 2016 dans le cadre des journées européennes du Patrimoine

 

 

 

  REPRODUCTION INTERDITE

INTRODUCTION 

Dans le cadre des Journées du Patrimoine, et du thème La Citoyenneté, nous allons  évoquer l’Ecole.

Celle de nos arrières grands-parents mais aussi celle que vous avez connue.

Le sujet est vaste et nous avons dû faire des choix. Mais nous avons tenu à attirer votre attention sur des faits qui nous paraissaient naturels et anodins au temps de notre enfance insouciante, mais qui aujourd’hui peuvent surprendre…C’est la preuve d’une évolution formidable des Consciences !
 

LE STUDIUM PAPAL 

Urbain V

Les premières traces  que l’on ait d’une école à Trets sont celles – non négligeables – d’un établissement prestigieux : le studium papal, créé par Urbain V, Pape en Avignon. Cette école supérieure était située dans l’îlot de la Trinité, à l’extrême ouest du prieuré bénédictin, sur le flanc sud de la fontaine de clastre. Pour la faire fonctionner, il y établit un prieur, Déodat Jourdan, et six religieux. 

Emplacement du studium

Le studium papal

L’établissement devait préparer des adolescents, de 12 à 18 ans, à entrer dans de grandes universités telles que Montpellier ou Bologne en Italie, pour y suivre des cours de droit, de théologie ou de médecine. Il s’agissait d’une école des arts, au sens médiéval du terme : le trivium (grammaire, dialectique, rhétorique) complété par des éléments de théologie, constituait le fondement de l’enseignement. Si l’existence du studium de Trets n’a duré que deux années scolaires, on en connaît parfaitement le fonctionnement au jour le jour, grâce à un registre de comptabilité « rationnes scholarum de Tritis », extrêmement détaillé.

 

Les élèves 

215 adolescents y ont été inscrits, le nombre moyen de présents était de 180.:

 -8 élèves sont originaires de Trets. Parmi eux : Capoulier, Pascal, Audric, Artulfe et Gantelme…

-       Les autres venaient du sud-est de la France. (Rappelons qu’alors la Provence n’est pas française…

-       Et même, de Clermont, Saint-Flour, Rodez…   

Il est à noter que le 13 novembre 1363, le Conseil Municipal de Marseille supplie Urbain V de réserver des places pour les pauvres clercs marseillais.

A propos du statut de ces étudiants, on sait que :

-       13 d’entr’eux s’acquittaient intégralement des frais de scolarité, soit 10 florins par an ;

-       11 étaient, je cite : des « boursiers complets à la charge de notre pape » ;

-       191 devaient payer une pension de 4 florins par an.

Quelques détails permettent d’éclairer certains aspects de la vie de cette école : par exemple, la discipline.

-       « j’ai payé…, écrit le Prieur, … 22 sous à Bertrand Audibert pour mettre des barreaux à deux fenêtres de la cuisine et du réfectoire pour empêcher les élèves d’entrer et de sortir par ces issues » ;

-       4 des anciens élèves du Studium seront compromis, en 1369, dans un complot qui visait à assassiner leur professeur !

 

Un mal mystérieux…

En juillet 1364 un mal mystérieux fait son apparition dans l’enceinte de l’école. Il  va vite provoquer de grandes peurs et causer de profonds ravages. Dès lors le studium est condamné : le 1er mai 1365, Urbain V prend la décision de le transférer à Manosque.

Nous laisserons à cet homme remarquable, très en avance sur son temps, qu’était le Pape Urbain V, le soin de conclure ce châpitre : « Quel que soit l’état que les étudiants embrasseront, dussent-ils même exercer des professions de travaux manuels, il leur sera toujours utile d’avoir étudié ».

 

 

DU STUDIUM A MAITRE BARRIELY

Dans le passé, les écoles étaient tenues, le plus souvent par des religieux, mais ce n’était pas toujours le cas.

Ainsi, Fernand Chauvin dans son ouvrage « Trets et sa Région », évoque et décrit le cahier d’arithmétique d’un élève nommé Joseph Fanton qui, en 1728, suivait les cours de « Maître Barriély, Professeur aux Lettres, et Régent à Trez ». 

Sur son cahier de 150 feuillets, l’élève Fanton inscrivait les règles d’arithmétique que lui enseignait son professeur, ainsi que les problèmes qui lui étaient donnés.

Ceux-ci étaient choisis parmi les exemples de la vie courante, s’appuyant  parfois sur le vin et le melon, qui étaient déjà produits à Trets.

 

 

En 2002, au cours de nos recherches pour la manifestation « Mémoire d’écoliers », nous avons découvert, au Musée National de l’Education à Rouen, un cahier d’arithmétique ressemblant à celui décrit par Fernand Chauvin, et fort bien ornementé.

-       il date de 1736,

-       et le Régent est toujours : Maître Barriély.

 

HORS TEXTE N°1

Le problème de François Estienne Martelly

 

François Estienne Martelly est né à Trets en 1719. En 1736, il fréquente le cours du régent, Maître Barriély.

La Révolution n’avait pas encore accompli son œuvre unificatrice, et le système métrique décimal n’avait pas été inventé…

Que de soucis devait-il avoir pour opérer avec les arpents, les cannes, les pans et les quarts, les charges, les milleroles, les toises, les pieds et les pouces, avec les écus, les livres, les deniers et les florins de 12 piastres…

Voici un problème que les enfants de sa classe ont eu à résoudre : 

« Un homme fait son testament et laisse sa femme enceinte, et ordonne que sy elle fait un fils, il aura les ¾ de son héritage qui vaut 160 000 florins et la mère ¼, mais si elle fait une fille, la mère aura les 3/5 et la fille les autres 2/5.

Il arrive qu’après le décès du testateur elle accouche d’un fils et d’une fille. On demande combien chacun doit avoir du dit héritage parce que le fils a 3 fois plus que la mère, et la mère une fois et demie plus que la fille ».

François Estienne Martelly deviendra chirurgien et épousera en 1754, à 35 ans, Thérèse Chanteduc dont il aura trois filles.

François Estienne décèdera en 1754, à l’âge de 43 ans.

 

 

 

L’ECOLE A TRETS

JUSQU’AUX LOIS JULES FERRY

 Sous la Révolution 

Avec l’avènement d’une société nouvelle, de nombreux projets sur l’éducation et l’enseignement virent le jour.

 L’an 11 de la République, un arrêté du sous-Préfet de l’arrondissement d’Aix, porte la création d’une école primaire à Trets. Je cite :

« Le Maire et le Conseil Municipal devront former un jury parmi les 20 plus forts contribuables de la commune. Ce jury examinera dans les 5 jours la moralité et la capacité des citoyens qui prétendront aux fonctions d’instituteurs. Il dressera la liste de ceux qu’il aura jugés admissibles. Il ne pourra y inscrire que des citoyens en état d’enseigner le calcul décimal ainsi que les nouvelles dénominations des poids et mesures et leur rapport avec les anciens… »

(AD 163 E 1 R 1)

 

TRETS AU XIXème SIECLE

 

La situation scolaire à Trets en 1815 :

Elle a fait l’objet d’un rapport du Maire Joseph Audric : 

 

HORS TEXTE N°2

Rapport du Maire Joseph AUDRIC sur l’enseignement dans Trets en 1815

 « L’enseignement public dans Trets est dirigé par deux maîtres d’écoles primaires et d’un maître de langue latine.

Il est en dessous des besoins du pays où il serait nécessaire d’établir une maison d’institution dans laquelle on enseignerait les langues française et latine, les sciences et les arts, tels que mathématiques, dessin et musique.

Il n’y a que les habitants aisés et qui sont en très petit nombre, qui puissent en plaçant dans des pensionnats leurs enfants, les faire étudier.

Tous les autres habitants sont obligés de laisser leurs enfants sans une bonne éducation, ce qui fait le malheur du pays par l’embarras que l’on éprouve de trouver des sujets capables d’occuper les fonctions publiques. L’esprit public entaché d’ignorance en souffre beaucoup.

Parmi les habitants de Trets, il n’y a que 150 personnes mâles qui savent lire et écrire dont 16 seulement ont reçu une éducation qui les met dans la classe des plus instruits. 20 autres peuvent tenir le second rang, 40 peuvent lire et écrire incorrectement, 76 à peine peuvent un peu lire et écrire. » 

Le 17 septembre 1819

Le sous-Préfet d’Aix demande au Maire de Trets, l’expédition de la délibération prise par le Conseil Municipal au sujet de l’ouverture d’une école d’enseignement mutuel dont le Sieur Maurel, instituteur, propose l’ouverture. (AD 163 E 1 R 1/3)

 

Le Comité cantonal

Alors que l’enseignement primaire est régi par l’ordonnance royale du 29 février 1816,  le Comité cantonal approuve le 15 Mai 1821, l’état nominatif des instituteurs et institutrices exerçant dans le canton.

Grâce à ce document relevé par Victor Teissère nous connaissons le personnel enseignant en 1821 et nous sommes édifiés sur le type de « surveillance » qu’exerçait le comité...

 

Jusque dans les années 1870, les écoles et asiles (anciennes écoles maternelles) avaient été tour à tour installés aux quatre coins du village :

- Quartier de la Bourgade,

- Rue des Observantins,

-  Boulevard Etienne Boyer

- et même à la Mairie,

 

La première véritable « Maison d’école » sera édifiée rue Victor Hugo. En 1880, à son ouverture, elle comprenait deux classes pour les garçons et deux pour les filles.

 

 

A la rentrée 1928, les garçons quitteront  leurs classes pour l’école qui  sera édifiée, rue du cimetière (Actuelle rue Alfred Villemus).

Les locaux laissés vacants par le départ des garçons accueilleront les tout- petits de l’asile. Celui-ci -ci siégeait boulevard Etienne Boyer, dans la Maison de Bienfaisance léguée à la commune par l’ancien juge de paix.

En 1970, les filles abandonneront à leur tour, leurs 2 classes, faisant place à la cantine municipale

L’école maternelle y restera jusqu’en 1976. 

Après une période de désaffectation et une restauration totale du bâtiment, l’école rouvre ses portes en septembre 1988 sous la direction de madame Danièle Passarelli, et prend le nom de Victor Hugo.

 

JEAN FERAUD, MAIRE ET LE RECTEUR ZORGBIBE INAUGURENT L’ECOLE VICTOR HUGO 

 

DES LOIS LAIQUES

DE 1881 A 1905 

 Avec les lois du 16 juin 1881 et du 28 mars 1882, la Troisième République et Jules Ferry posent les grands principes de l’école républicaine :

1-L’école sera obligatoire pour les enfants de 6 à 13 ans.

Jules Ferry a parfaitement compris le rôle primordial de l’éducation dans la construction de la société que la République veut édifier.

 2-L’école sera gratuite… pour pouvoir être obligatoire !

En effet, comment obliger les paysans d’une France essentiellement rurale, de se priver de l’aide précieuse de leurs jeunes enfants – qui gardent les animaux, moissonnent ou vendangent… - si, en plus, ils doivent payer ?

3-L’instruction publique sera laïque :

Sur le même banc pourront s’asseoir l’écolier catholique, à côté de son condisciple israélite, l’athée à côté du protestant… Tous les enfants de France, sans distinction de religion ou d’idéologie, recevront  la morale du devoir et l’amour de la patrie commune.

Ainsi l’école, reprenant les principes de 1789, allait être garante de l’unité nationale et du respect des convictions de chacun grâce à :

-       l’enseignement d’une langue commune,

-       mais également à l’apprentissage des mathématiques, et notamment du système métrique qui allait remplacer toutes les mesures régionales !

Ainsi, solide pilier de la démocratie, l’école publique a brisé – dans une certaine mesure – les barrières sociales et culturelles qui empêchaient  jadis les enfants les plus démunis d’accéder à la connaissance.

Le 9 décembre 1905 est proclamée « la séparation de l’Eglise et de l’Etat » qui stipule que la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice du culte mais ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte.

L’instruction religieuse pourra être donnée en dehors des heures de classe et de l’école. Le jeudi est laissé « libre » dans ce but.

Les crucifix devront être retirés des salles de classe.

Dans certaines régions de France, cette règle engendrera des désordres et des conflits mais sera unificatrice :

-       la même loi pour tous ;

-       les mêmes programmes d’enseignement par des maîtres ayant reçu la même formation ;

-       et la même langue dans tout le pays : l’école devait imposer l’usage du français et interdire tout terme ou expression en patois.

 

HORS TEXTE N° 3

La laïcité selon Victor Teissère

 

Victor Teissère, instituteur nommé à Trets en 1886, y accomplira toute sa carrière de maître, puis de directeur. Il prendra sa retraite en 1926.

Il participera activement à la vie publique et publiera de nombreux articles sur l’histoire de notre village.  Il est notamment l’auteur de la notice sur Trets publiée dans l’Encyclopédie des Bouches-du-Rhône dans les années 1920 :

 « Jamais on ne pourra trop glorifier l’idée de laïcité qui est la plus noble conquête de la Troisième République.

L’école laïque c’est l’école de la tolérance, c’est l’école de la fraternité. Oui, de la fraternité, car, comme a dit un auteur, n’a-t-on pas vu dans les tranchées, durant la guerre, les enfants de la laïque et ceux de l’école confessionnelle vivre, lutter, souffrir et mourir – fraternellement – la main dans la main et le cœur près du cœur.

D’ailleurs, être laïque, a dit le grand historien E. Lavisse, c’est posséder trois vertus : la charité, c’est-à-dire l’amour de ses semblables ; l’espérance, c’est-à-dire le sentiment bienfaisant qu’un jour viendra, dans la postérité lointaine, où se réaliseront les rêves de justice, de paix et de bonheur ;  la foi, c’est-à-dire la volonté de croire à la victorieuse utilité de l’effort perpétuel.

De plus, être tolérant,  c’est respecter la liberté d’autrui, mais désirer qu’on respecte la sienne, c’est posséder la plus belle vertu républicaine. »

 

LES ECOLES A TRETS

DE  1881 à 1928

 

  Après les lois laïques

 Les lois promulguées par Jules Ferry vont naturellement faire « exploser » les effectifs des écoles partout en France.

A Trets, alors que le groupe scolaire a été édifié en 1880,

4Le 13 octobre 1881, le Maire Etienne Aubert interpelle ses conseillers :

 « Je vous dirai que 230 élèves sont sous la surveillance de trois maîtres, soient quatre vingt (sic) élèves environ par instituteur… » ;

4Le 6 novembre 1881, le même rappelle qu’il place au premier rang des services publics l’instruction populaire et demande à Monsieur le Ministre de l’Instruction Publique de bien vouloir prendre en charge toutes les dépenses.

4Le 13 mai 1882, c’est le nouveau Maire, Marius Remusat qui prie le Préfet de lui accorder une aide pour ouvrir deux bibliothèques : l’une scolaire et l’autre pédagogique.

4La situation scolaire à Trets en 1888 : Un projet d’école nouvelle a fait l’objet d’études et un emplacement a été choisi… Et pourtant ce n’est qu’en 1928, que ce projet se concrétisera comme nous allons le voir.

 

L’école privée après 1882 

Malgré la gratuité de l’école publique, elle va continuer à fonctionner.

*Le 2 octobre 1893, une école comptant 51 élèves de sexe masculin ouvre ses portes. Elle est installée dans une partie de la ferme des Minimes mise à la disposition de la paroisse par mademoiselle de Forbin d’Oppède . Elle est dirigée par trois frères maristes.

*Le 1er mars 1900, débute l’édification d’une école de filles sur un terrain offert par la même mademoiselle de Forbin d’Oppède, qui apporte également tous les fonds nécessaires. Il s’agit du bâtiment de l’avenue Pasteur, utilisé depuis 1980 comme presbytère.

 

 *En 1911, Victor Teissère signale qu’il existe à Trets, deux écoles privées : l’une pour les garçons et l’autre pour les filles.

*En 1923, le nouveau relevé qu’il effectue ne porte plus mention de l’école privée de garçons. L’école libre de filles fonctionnera jusqu’en 1959.

 

 

 

 

 

  L’ACTUELLE ECOLE EDMOND BRUN 

L’école de Garçons dans les années 1930 

Elle a été construite sur l’emplacement de l’ancien couvent des Observantins.

D’abord, école de garçons, elle a été inaugurée le 18 novembre 1928, après plus de 40 ans d’attente.

Le premier directeur en fut Jules Rouvier, qui écrivit pour l’occasion une chanson intitulée « Salut à notre école », sur l’air des Allobroges.

 

 

 

HORS TEXTE N° 4

L’inauguration de l’école de garçons

racontée par Victor Teissère  

« Ce m’est un doux plaisir en même temps qu’un grand honneur de prendre part à la cérémonie de ce jour. Le bel établissement que l’on inaugure aujourd’hui, édifié d’après les plans conçus suivant les idées les plus neuves, comportant toutes les améliorations possibles, tout le confort moderne est un vrai palais scolaire. Tout est à admirer dans son agencement, tout est si bien adapté à la vie de l’école qu’il me paraît devoir servir de modèle pour les constructions futures. Il fait honneur à tous ceux qui, de près ou de loin, ont participé à des titres divers à son édification.

Pour moi qui, depuis 1886, c’est-à-dire plus de 40 ans, ai passé presque toute ma carrière d’instituteur, adjoint ou directeur, dans l’ancien local de l’école de garçons, je suis émerveillé à tel point que, si j’osais, je vous dirais que je me prends à regretter de ne plus avoir l’âge de l’exercice. 

 

Notre ancienne école qui, cependant, marquait un réel progrès sur les classes d’autrefois fait figure de vieille en face de l’édifice actuel…

Malgré un besoin grandissant au fil des ans, ce n’est que vers 1924 que réellement l’idée prit corps. Des études sérieuses furent faites, des plans présentés ; le terrain définitivement choisi, l’éminent architecte M. Castel se mit à l’œuvre.

Nous serons fiers, à Trets, de posséder un établissement scolaire qui répond si avantageusement à tous les besoins de nos écoliers. L’école de Trets, c’est l’école moderne !

Vive l’école laïque de Trets ! ».

                                                                                                     Victor Teissère

 

En 1977, l’école est géminée et devient l’Ecole mixte 1.

 Le samedi 14 juin 1980 elle reçoit le nom d’Edmond Brun (1898-1979), membre de l’Académie des Sciences, je cite : « Savant mondialement connu qui, par son intelligence, son travail, sa générosité, gagna l’admiration et l’affection de tous…. ».

 


Inauguration Ecole Edmond Brun

 

 
Le Professeur Edmond Brun

 

HORS TEXTE N° 5

L’hommage de Fernand Richard

au Professeur Edmond Brun

 Chercheur très réputé, cet homme de science

Fut chargé de mission bien des fois hors de France.

Parmi lesquelles fut l’une à titre civil

Près de l’autorité militaire au Brésil.

 

Sommité dans les maths et sciences physiques

Il pencha ses travaux vers l’aéronautique

Dont les plans du Concorde où y prêtant la main,

Fit qu’à son premier vol il en fut le parrain.

 

De mission en Russie à l’un de ses voyages,

Il lui fut décerné un tableau en hommage,

Que le gouvernement lui offrit derechef

Portant en signature : Nicolaï Kroutchef.

 

Son séjour préféré fut la Bastide-Neuve

Y venant chaque été, qu’il vente ou qu’il pleuve.

En passant par chez moi dès le premier matin,

Pour pourvoir aux travaux de son précieux jardin.

 

Que de fois bien avant de son heure dernière,

Il aimait me conter quelle fut sa carrière

Nous rappelant tous toujours avec plaisir

Ce que fut notre vie peuplée de souvenirs.

 

D’un abord accueillant au caractère aimable

Il fut toute sa vie un homme remarquable.

Savant très estimé parmi les physiciens,

Il fut l’admiration de ses concitoyens. 

Fernand RICHARD

  

Notons que – le jour du lancement du 1er l’ouvrage des Amis du Village «Regards sur Trets » -, l’épée d’académicien d’Edmond Brun fut remise à la ville par le Professeur Gia Ban Diep, proche collaborateur et héritier du savant. Cette épée fut exposée dans la salle de l’ancien Office du Tourisme. 

Mr Diep remet l’épée  d’Edmond Brun au maire Loïc Fauchon 

En 1988, les enseignants de l’école ont organisé une série de manifestations pour commémorer d’une part, les 70 ans de l’école et d’autre part, le 100ème anniversaire de la naissance du professeur Edmond Brun.

A cette occasion, des anciens élèves devenus, au moins sexagénaires,  sont revenus à l’école conter leurs souvenirs. 

 

 

En 2004, l’école sera encore au centre de l’actualité tretsoise.

Après repérages et accord de la ville, c’est là que fut tournée une grande partie du feuilleton télévisé « Le miroir de l’eau », avec, en particulier au générique, Line Renaud, Cristiana Reali et Clémentine Célarié.

 

 

 

HORS TEXTE N° 6

La vie d’écolier de Jean-Marie Savournin 

 

  Ma vie d’écolier à Trets

Lorsque je suis rentré à l’école en 1925, nous allions à la maternelle dans la maison Etienne Boyer, en face de la fontaine aux vaches.Plus tard, je suis rentré à l’école de la rue Victor Hugo, mitoyenne de l’école de filles. Les petits de 5 à 6 ans étaient bien perdus au milieu de grands garçons de 12 et 13 ans ! Je me rappelle des locaux vétustes qui n’avaient pas été rénovés depuis Jules Ferry !

Et plusieurs souvenirs me reviennent : d’abord nous allions à l’école tout seuls, même les petits de 5 à 6 ans !Les campagnards, comme on appelait les élèves qui habitaient à l’extérieur du village, venaient souvent à pieds et certains marchaient de 8 à 10 km chaque jour !Les campagnards n’étaient pas vraiment privilégiés, puisque rien n’était prévu pour les repas. Ils apportaient leur gamelle, mangeaient froid dans la cour ou sous le préau, voire dans l’escalier conduisant au premier étage les jours de pluie ou de froid.Autre particularité étonnante : à la sortie des classes, la rue Victor Hugo qu’on appelait « la bourgade », était réservée aux filles, interdite aux garçons qui devaient obligatoirement emprunter l’avenue Jean Jaurès ! Une rue pour les garçons et une rue pour les filles : nous étions loin de l’école mixte !

 

Et en octobre 1928, changement de décor : nous rentrons dans une école neuve et moderne dans la rue Villemus : classe bien éclairée et chauffée, matériel neuf. Pour l’inauguration, nous avons chanté : « Je te salue école hospitalière et je me mets sous ta protection ». Beaucoup de discours auxquels nous ne comprenions pas grand’ chose. Le Préfet en grande tenue, la Marseillaise, puis une brioche et un verre de grenadine pour fêter l’événement.

Avec la nouvelle école, beaucoup de nouveautés : une cantine accueillait les campagnards pour le repas : local chauffé, tables et bancs, et pour 50 centimes une soupe chaude préparée par la concierge, madame Bouesc.

Autre particularité : notre école a certainement été une des rares écoles primaires avec une installation de douches pour les élèves. L’eau était très rare au village,. Pas d’eau courante dans les maisons, on faisait la queue aux fontaines. La douche à l’école apportait un grand progrès.La deuxième partie du samedi après-midi, après la récréation était donc consacrée à la douche et au chant.

 

Jean-Marie Savournin

 

LA SALLE DE CLASSE

 

 « Entrez en silence ! » a dit le maître…. Souvenez-vous comment on passait de l’agitation de la cour au silence studieux de la salle de classe. 

Salle de classe reconstituée par les ADV en 2002

Le mobilier

Le maître doit inspirer sérieux et respect. Il dispose d’une estrade qui surélève son bureau. « Gare aux éléments perturbateurs… »

La classe respire l’ordre et la propreté.

Tout le matériel pédagogique est à portée de mains : cartes, mappemonde, balance, poids et mesures, livres.

La bibliothèque est un élément important de la vie de l’écolier de jadis.

Les pupitres des élèves : dont les plans ont été bien étudiés assurent aux enfants une position confortable, sans incidence sur leur constitution.

Le noir du tableau conduit à la solennité et au recueillement. C’est l’outil pédagogique fondamental de la classe.

L’horloge est face au maître. Elle lui est nécessaire pour bien respecter l’emploi du temps.

 

Les murs du savoir

C’est par ces quatre mots que Marcel Pagnol désigne, dans « La gloire de mon père », les murs de la classe de Joseph.

En plus des documents obligatoires

-       règlement,

-       emplois du temps,

-       répartition mensuelle…

les murs étaient largement tapissés de documents pédagogiques que les élèves avaient sans cesse sous les yeux lorsque leur attention se relâchait…

 

Les grandes cartes de géographie, étaient prolixes sur leur recto. En revanche, au verso, elles restaient cruellement muettes et annonçaient des moments difficiles pour les élèves qui avaient négligé d’apprendre quelles étaient, par exemple, les productions des régions de France….

 

Les leçons de choses avaient également leurs représentations didactiques et abordaient tous les aspects et toutes les catégories des objets qui entouraient les enfants :

-       l’homme, son squelette, ses muscles…

-       le règne animal,

-       les végétaux,

-       les minéraux,

-       la mécanique…

Même à la campagne, on sort peu de l’école pour observer la nature : le tableau mural reste souvent la seule manière d’étudier le monde qui nous entoure.

  

Pour les classes de fin d’études primaires, les leçons de choses deviennent des « Sciences »… qui, longtemps, seront différentes dans les écoles rurales et les écoles urbaines mais aussi, entre les filles et les garçons ! C’est qu’il fallait prédisposer les unes aux soins du ménage et aux ouvrages féminins… et les autres aux futurs travaux de l’ouvrier, du paysan et du soldat !

 

 Extrait d’un cahier de jeune fille en 1932

Les tableaux d’histoire représentent les grands épisodes ou les hommes célèbres de notre pays. Autant d’images qui captivaient l’imagination et se sont gravées dans notre mémoire commune…

Le calcul. Dans l’enseignement primaire, c’est une matière ludique,  colorée, vivante : bouliers, bûchettes, dominos, cubes, poids, récipients… aident à l’apprentissage.

Le compendium métrique fait partie du fonds scolaire obligatoire. Il est accroché aux murs de toutes les écoles.

Il comprend évidemment :

-       la chaîne d’arpenteur à tiges de 20 cm, réunies par un anneau,

-       les mesures de capacité, souvent en métal blanc (rarement en étain) pour les liquides ou en bois agrafé pour les grains,

-       ou encore les poids cylindriques en laiton ou hexagonaux en fonte pour les balances Roberval.

-       C’étaient  des objets du culte rationaliste et centralisateur issus de la Révolution, pour unifier le pays.

 

 HORS TEXTE N° 6

La vie d’écolier de Jean-Marie Savournin 

LA MORALE  ET L’INSTRUCTION CIVIQUE

Dans les écoles laïques le crucifix a donc disparu. L’image de la Sainte Vierge a été enlevée puis remplacée par Marianne. Et on ne récite plus la prière du matin.

Aux préceptes de morale chrétienne a succédé la leçon de morale républicaine.

Celle-ci a pour but de faire de chaque enfant « sans porter atteinte à sa conscience », selon les instructions de Jules Ferry :

 -Un honnête homme, franc, loyal, persévérant, travailleur…

-Un homme en bonne santé : Les maîtres devaient apprendre l’hygiène et la propreté à leurs élèves, les luttes contre l’alcoolisme et la tuberculose seront  une véritable croisade pour l’école de la Troisième République ;

-Un bon citoyen, poli, obéissant, conscient de ses devoirs, avec l’objectif de former de futurs soldats. A partir de 1882 le rôle des bataillons scolaires fut de développer l’amour des provinces perdues et l’esprit de revanche sur la défaite de 1870…

 

La leçon de morale s’appuyait sur un texte et une courte maxime que les élèves trouvaient, soigneusement calligraphiée, au tableau à leur entrée en classe chaque matin.

Voici d’abord, quelques unes de ces phrases, que jusque dans les années 1960. les écoliers devaient recopier, avec application, sur leurs cahiers, suivies d’un poème de Fernand Richard écrit en Mai 1989 :

 

HORS TEXTE N°7
Choix de sentences de morale républicaine

-« Honorez vos parents par vos paroles, vos actions et toutes sortes de vertus. » 

- « Bon écolier, bon ouvrier. » 

-« Plus fait douceur que violence.» 

-« Les injures sont les raisons de ceux qui ont tort. » 

-« L’homme oisif est comme l’eau qui dort, elle se corrompt. » 

-« Le fruit du travail est le plus doux des plaisirs. » 

-« L’ignorance donne de la hardiesse, le savoir donne de la modestie. » 

-« Tous les bienfaits que nous recevons de la Société nous imposent à avoir des devoirs à accomplir envers elle. » 

-« Respecter la loi est le devoir de tout bon citoyen. »

 -« La politesse est un fond qui ne coûte rien et rapporte beaucoup. ». 

-« Bien mal acquis ne profite jamais. » 

-« Qui pâlit de colère, rougit bientôt de honte. » 

-« Tout blesse le vaniteux, même le service qu’on lui rend. 

 

HORS TEXTE N° 8

L’école communale jusqu’au certificat

(poème traduit du provençal)

A six ans, fier de moi, mon cartable à l’épaule
Je fis mon entrée à l’école communale
Etant un peu ému comme un pauvre chrétien
De m’y voir là, mêlé aux autres écoliers
 
Dans les moments d’études on rentrait dans sa classe
Pour rejoindre son banc et reprendre sa place.
C’est là que j’ai appris à lire, écrire, compter,
Puis, devenu plus grand, penser et méditer.
 
Arrivant le lundi, mal peignés, les mains sales,
Le maître aussitôt nous faisait la morale
Disait qu’en étant propres, on est mieux respecté,
Cerner le bien du mal, est de moralité.
 
Quand on nous demandait de faire une analyse
C’était une matière où j’avais toujours prise.
Dicté en pur français, j’avais le mot final
En le pensant en moi, traduit en provençal.
 
Nous avions des leçons sur l’instruction civique
Pour nous apprendre à mieux aimer la République
En dehors toute idée, il n’en fut donc pas moins
Qu’on est devenu tous de très bons citoyens.
 
 
Favorisé du goût que j’avais pour la lecture
De mon certificat j’avais fait la gageure
Car l’avoir à douze ans, ce n’était pas manchot
Ayant en ce temps-là, la valeur d’un bachot.
 
 

Fernand Richard  


A 82 ans, Fernand Richard est retourné à son école pour le Bicentenaire de la Révolution

 

 

UN LIVRE DE CLASSE  PHENOMENE : LE TOUR DE FRANCE PAR DEUX ENFANTS

Sous le pseudonyme de G. Bruno, Madame Alfred Fouillée a écrit en 1877, ce livre d’initiation à la France de la Troisième République,.

Il connaît aussitôt le succès.

Pendant plus d’un demi-siècle, ce livre de « lecture courante » à l’usage des cours moyens sera utilisé, aussi bien dans les écoles confessionnelles que dans celles devenues laïques.

Avec l’édition du Centenaire en 1977, ce sont plus de 410 éditions et quelques 8,5 millions d’exemplaires qui auront été diffusés.

Le « Tour de France » est d’abord un roman qui illustre le tour des savoirs en faisant le tour d’une nation.

L’histoire est celle de deux garçons de 14 et 7 ans. Ils viennent de perdre leur père et leur patrie lorraine. Ils partent à la recherche de leur oncle Frantz, le bien nommé, et d’une nouvelle patrie : la France !

 


Tout est dans les lectures

 

Leur voyage est prétexte à toutes sortes de leçons : géographie, histoire, sciences, hygiène et même une initiation à la vie pratique… le tout groupé autour de l’idée de la France et de la patrie.

A sa parution, le livre ressemble à un catéchisme scolaire prônant « le respect religieux du devoir et de la justice », substituant :

-       les hommes illustres, aux saints chrétiens,

-       une mère commune, au père éternel,

-       une patrie sur terre, au royaume des cieux,

-       les devoirs du citoyen, à ceux du croyant.

Dans la 1ère édition :

-       Le mot France est cité 146 fois,

-       Patrie est cité 65 fois,

-       Travail est cité 136 fois

-       Dieu et Prière sont cités 87 fois chacun.

Cinq ans après, les lois Jules Ferry ouvrent une ère nouvelle, celle de l’enseignement pour tous.

G. Bruno n’aura guère à modifier son ouvrage qui va devenir en quelque sorte, le petit livre rouge de la République.

 

En voici deux extraits : 

 HORS TEXTE N° 9 : Une langue pour la Patrie
 

« Julien, les écoles, les cours d’adultes, les bibliothèques scolaires sont des bienfaits de notre Patrie. La France veut que tous ses enfants soient dignes d’elle et chaque jour elle augmente le nombre de ses écoles et de ses cours, fonde de nouvelles bibliothèques et prépare des maîtres savants pour diriger la jeunesse ».

Le livre du maître se montre dur envers les patois qualifiés de « langues populaires corrompues ». Le livre de l’élève est plus doux.

C’est ainsi que, lors d’une halte dans une auberge du Dauphiné, les deux jeunes voyageurs sont désappointés de ne pas comprendre le patois local et Julien s’attriste :

Double page du livre

 

« Les gens qui entraient parlaient tous patois entre eux : les deux enfants, assis à l’écart et ne comprenant pas un mot à ce qui se disait, se sentaient bien isolés dans cette ferme étrangère. Le petit Julien finit par quitter sa chaise et, s’approchant d’André, vint se planter debout entre les jambes de son frère. Il s’assit à moitié sur ses genoux et, le regardant d’un air d’affection un peu triste, il lui dit tout bas :

4  Pourquoi donc  tous les gens de ce pays-ci ne parlent-ils pas le français ?

4 C’est que tous n’ont pas pu aller à l’école. Mais dans un petit nombre d’années il n’en sera plus ainsi, et par toute la France on saura parler la langue de la patrie.

A ce moment, la porte d’en face s’ouvrit de nouveau, c’étaient les enfants de l’hôtelière qui revenaient de l’école.

André s’écria Julien, ces enfants doivent savoir le français puisqu’ils vont à l’école. Quel bonheur ! Nous pourrons causer ensemble ! »

 

En 1906, après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la 331ème édition est revue et corrigée. Le récit du voyage demeure inchangé mais des transformations importantes ont eu lieu :

-       Sont exclus : Saint Bernard, Saint Vincent de Paul, Bossuet et Fénelon ;

-       Toute référence à Dieu a disparu.

Et c’est l’amour de la patrie, dans ce qu’il a de plus noble, de plus lucide et de plus élevé, qu’il tente d’inculquer :

« Mon Dieu, qu’y a-t-il mes enfants ? » est devenu « Hélas qu’y a-t-il mes pauvres enfants ? »

« Le père est au ciel » est devenu « Le père est mort ».

« Bayard agit pour l’amour de Dieu » est devenu « Bayard se montre doux, courtois, sobre, loyal et charitable ».

 

Une seule exception toutefois pour Jeanne la Lorraine. L’édition de 1906 indique :

« Un jour, à l’heure de midi, tandis qu’elle priait dans le jardin de son père, elle crut entendre une voix s’élever… »« crut entendre » à la place de « entendit ». Une nuance par rapport à l’enseignement de Monsieur le Curé !

 

L’ENSEIGNEMENT DE L’HISTOIRE

 Il a été généralisé au début de la Troisième République, quand il s’agissait de renforcer l’unité de la nation française, au lendemain du désastre de 1871.

Il a longtemps visé à entretenir le patriotisme des jeunes français.

 


Les livres de Lavisse

 

Des milliers d’élèves ont appris cette matière, à travers les manuels d’Ernest Lavisse qui affirme, je cite :

« Si l’écolier n’emporte pas avec lui le vivant souvenir de nos gloires nationales, s’il n’a pas appris ce qu’il a coûté de sang et d’effort pour faire l’unité de notre patrie, s’il ne devient pas un citoyen pénétré de ses devoirs, et un soldat qui arme son fusil, l’instituteur aura perdu son temps. »

Souvenons-nous de toutes ces figures qui ont été les héros, les grands hommes de notre « roman national », dont les maîtres nous racontaient les faits d’armes et que nous avions en permanence sous les yeux, dès qu’on les élevait vers le mur du savoir.

 4 Vercingétorix, le premier héros national avec ses moustaches, grand vainqueur de Gergovie, qui devient le vaincu magnifique rendant fièrement les armes à César.

 4 Charlemagne, l’empereur à la barbe fleurie, évoqué comme l’inventeur de l’école, félicitant les enfants modestes, à sa droite et invitant les autres plus aisés à mériter leur avenir.

 4 Henri IV et son panache blanc, ou bien jouant à quatre pattes avec ses enfants. 

4 Bonaparte au Pont d’Arcole…. 

Cette histoire était qualifiée de catéchisme patriotique, voire de bible républicaine.

 4 Rappelons que les élèves, en sortant de l’école, devaient connaître par cœur les  dates qui avaient – selon le petit Lavisse – fait l’histoire de leur pays.

Plus tard les livres d’histoire deviendront plus tendancieux,  en fonction des écoles de destination et donc des personnalités de leurs auteurs….

Nous ne prendrons qu’un seul exemple :

En 1946, Guillemain Le Ster écrit à propos de Robespierre :

« Il était hypocrite et orgueilleux, et voulait mettre à mort tous ceux qui ne pensaient pas comme lui. »

En 1961, le livre de Bonifacio et Maréchal affirme lui :

«Robespierre était très simple, il vivait chez un menuisier. Il était très honnête, on l’appelait l’Incorruptible ».

La réforme Haby de 1975 a abouti à la suppression du roman national et voulait développer l’esprit critique.

 

Notons toutefois une exception, encore, Jeanne d’Arc !

 Elle, a été adoptée successivement par tous les Français.

 

HORS TEXTE N° 10 : Jeanne d’Arc, Icône pour tous

Le nom de Jeanne d’Arc, à partir du XIXème siècle, s’est prêté à tous les usages : des étiquettes de fromage aux Cercles des Jeunes Catholiques. Sa mémoire a été revendiquée, utilisée, instrumentalisée par des groupes et partis les plus antagonistes.

 -Catholiques et libres penseurs ;

-Républicains voyant en elle une fille du peuple condamnée à mort par l’Inquisition ;

-Le socialiste Lucien Herr affirme « Jeanne est des nôtres, et nous ne voulons pas qu’on y touche ! » ;

-Maurice Barrès proclame : « son culte est né avec la patrie envahie, elle est l’incarnation de la résistance contre l’étranger. »

 

Pendant la grande guerre, elle devient le symbole de l’union sacrée :

« Montre que la France est toujours debout ».

En 1920, la République institue sa fête officielle : « La fête du patriotisme ».

 

Pendant la 2ème guerre, en 1944, récupérée par Pétain, elle devient :

 «… celle qui aidera la vraie France à bouter les Anglais hors d’Europe ».

Ces dernières années elle est devenue, pour le Front National, la chargée de mission et fer de lance de la résistance à la « nouvelle invasion étrangère »,

Et tout récemment, l’égérie du mouvement « En marche ! »

 

 LA LECON DE GEOGRAPHIE

 La leçon s’appuie d’abord sur les belles cartes Vidal-Lablache,  accrochées au mur du savoir, qui nous ont fait rêver lorsque nous étions enfants.

Elles donnaient une image harmonieuse de la France, phare de l’Europe, située entre ses quatre mers ou océans.

Nous devions apprendre les noms des montagnes et l’altitude de leurs sommets.

Nous devions réciter les noms des fleuves et de leurs affluents, sans pouvoir nous aider de la carte murale qui, retournée était devenue muette !!!                                     

Nous devions connaître par cœur la liste des départements, de leurs préfectures et sous-préfectures.

Ce faisant, nous apprenions à connaître et à aimer notre pays qui ne pouvait être que le centre du monde…

Quels beaux souvenirs que ces voyages immobiles, et  pourtant…

Si nous feuilletons des livres de géographie, mais aussi de Sciences, de la fin du XIXème siècle ou du début du XXème, (Période de la colonisation triomphante) certaines choses nous apparaissent horribles : les pires affirmations s’accumulent pour décrire les différences entre les peuples…

Il  faut prendre du recul et, certes, ne pas juger ces contenus, car la vision de certains faits et surtout la façon de les représenter a, heureusement varié,  évolué et fait bouger les mentalités du plus grand nombre…

Voici 3 extraits de manuels de Géographie :

 

HORS TEXTE  No 11
Les races humaines dans les livres du début du XXème siècle

 Avec notre culture du XXIème siècle nous avons du mal à imaginer que certaines phrases aient pu être écrites, imprimées lues et même apprises par nos parents dans leur beau livre de Géographie, lorsqu’ils étaient au cours moyen.

.Race blanche

« Les Blancs étant plus intelligents, plus travailleurs, plus courageux que les autres ont envahi le monde entier. » (1884)

Ou encore:« Noblesse oblige, la race blanche doit se faire l’éducatrice bienveillante des peuples inférieurs dont elle utilise le travail et les produits. »

Race noire

« La race noire ou nègre a le crâne étroit, le nez épaté, les mâchoires proéminentes, les lèvres épaisses, les cheveux courts, laineux et crépus, l’angle facial de 70 à 75°, la peau plus ou moins noire. D’une intelligence généralement peu développée, les individus de cette race vivent pour la plupart enfoncés dans les superstitions les plus grossières et n’ont guère connu jusqu’ici que la souffrance, la honte et l’esclavage. 

Ou bien : « Les nègres sont plus ou moins noirs plus ou moins sauvages. Il y en a de tout à fait laids et même hideux » (1909)

Les races humaines 

 

Les chinois

Qui n’a vu un chinois ? Il s’avance dans nos rues l’air important, indifférent aux regards moqueurs des curieux, avec sa figure jaune et sans barbe, sa longue tresse de cheveux noirs dans le dos, sa toque à boule de cristal sur la tête ; des lunettes cachent ses yeux en amande que voilent des paupières lourdes et bouffies et d’où sort un regard fuyant et fureteur. Il se croit supérieur aux « barbares d’Occident » c’est ainsi qu’il appelle les européens, lui, dont la civilisation retarde de ne je ne sais combien de siècles sur la nôtre ! » (1916). 

Il faudra attendre la guerre de 14 et l’arrivée de la Force Noire venue défendre notre Pays, pour que les Européens découvrent les gens de couleurs, en attendant de se familiariser avec  celui qui souriait aux enfants sur les boîtes de Banania.


 

DU FRONT POPULAIRE A L’ETAT FRANCAIS

  En 1936, Jean Zay, prolonge la scolarité obligatoire jusqu’à l’âge de 14 ans, multiplie et démocratise les bourses.

Le canton de Trets a rendu deux fois hommage à ce ministre du Front populaire qui avait inauguré l’école de Peynier le 2 juillet 1938 :

-       une association « Jean Zay en Provence » a été créée en 2008 ;

-       le collège de Rousset a été dénommé collège Jean Zay.

La Quatrième République.

En 1948, les organisations laïques organisent des Etats Généraux de la France Laïque.

En 1954, Pierre Mendès France, Président du Conseil, veut lutter contre les carences alimentaires de l’après-guerre, l’alcoolisme et la malnutrition, tout en liquidant les excédents laitiers. Il décide donc que tous les enfants des écoles de France recevront, après la récréation, une petite bouteille de lait aromatisé et ceci deux fois par semaine.

 

La Cinquième République.

En 1959, la réforme Berthoin prolonge la scolarité obligatoire de 14 à 16 ans.

En 1969, suite aux événements de mai 68, une circulaire du ministre Edgar Faure recommande « la suppression de la notation traditionnelle au profit d’une échelle simplifiée de A à E. ».

En 1975, la réforme Haby regroupe les C.E.S. et les C.E.G. dans les nouveaux collèges uniques, et supprime les filières d’orientation en 6ème et 5ème.

En 1992, c’est la création de trois cycles dans l’enseignement primaire.

 

La situation scolaire à Trets à la rentrée du 24 septembre 1963

-       Ecole de garçons : l’effectif est de 192 élèves pour 5 classes, soit une moyenne supérieure à 38 élèves par classe ;

-       Ecole de filles : 152 élèves pour 4 classes

-       Ecole maternelle : 130 élèves pour 2 classes. (A.D. 163 E 1 R 1/10)

 

L’école de filles :

Le maire, Marius Michel, en soumet l’avant projet au conseil municipal le 27 mai 1967. Le 20 octobre 1969, le conseil municipal approuve l’adjudication.  

Pour les filles, la rentrée de septembre 1970 aura donc lieu dans des locaux tout neufs. L’inauguration officielle a été fixée au samedi 7 novembre. Madame Gilberte Salort en sera la première directrice.

 

Ecole de filles-

 En 1975, à l’initiative de la municipalité Jean Féraud, la voie au sud de l’école devient avenue Fernand Chauvin. Ce maître, enseignant à Trets de 1926 à 1960,  fut longtemps directeur de l’école de garçons. Féru d’histoire locale, il est l’auteur de l’ouvrage « Trets et sa région » paru en 1958.

Baptême Avenue Fernand Chauvin

 

En 1977, l’école devint « Ecole mixte 2 ».

Il faudra attendre 1980 pour que l’école reçoive enfin, un vrai nom bien républicain et patriotique : Jean Moulin.

Ce fut le Général Lécuyer qui prononça l’éloge de ce grand résistant que Trets honorait, proclamant notamment : « Avant Jean Moulin il y avait des résistants, avec lui il y eut la Résistance ».

Dans les années 70, la politique d’urbanisation va entraîner une véritable frénésie de constructions de maisons individuelles et, par conséquent, d’écoles… 

 

La maternelle Sainte Anne.

L’école sera édifiée à partir de 1975 et recevra ses premiers élèves à la rentrée 1976. Madame Christiane Willig en sera la première directrice.

 

Le groupe scolaire du quartier Saint Jean a ouvert ses portes en 1982 sous la direction de Madame Gilberte Pellegrino.

 

L’école maternelle des Colombes.

Le maire, Jean Féraud, a présenté l’avant-projet aux élus le 26 novembre 1986. Cette école située au nord de l’avenue Marx Dormoy, sera construite en huit mois et inaugurée par le Recteur Zorgbibe, en 1987. Sa première directrice fut madame Huguette Rostang.

 

Inauguration de l’école Les Colombes

 

 

 

 

 

 L’ENSEIGNEMENT SECONDAIRE

 Le 30 juillet 1941, les établissements secondaires d’Aix, réquisitionnés, étant fermés à l’enseignement,  l’Inspecteur d’Académie informe le Maire de Trets que la création d’un cours complémentaire de garçons est approuvée par le conseil départemental  de l’Enseignement Primaire. Cette section, finalement mixte sera dirigée par Monsieur Gabriel Oddon. 

Monsieur Oddon et sa classe 

Le rapport ci dessous, établi en 1941, fait bien ressortir l’état d’esprit qui préside au maintien de cet établissement scolaire :

 

HORS TEXTE N° 12

: Rapport relatif à la création d’un cours complémentaire

 « Ce cours existe provisoirement depuis octobre 1939. Les raisons de sa création sont :

-       La fermeture des internats des établissements aixois transformés en hôpitaux ;

-       Et les difficultés de transport.-        

Il est mixte et comporte :

-       Une section de cours supérieur 2ème année, correspondant à la 6ème des lycées. Elle comprend 7 garçons et 5 jeunes filles ;

-       Une section de 1ère année de cours complémentaire avec 1 garçon et 7 jeunes filles,

-       Soit au total : 20 élèves.                          dont 17  de Trets                                   et 3 de Peynier .

 

 Pour être définitivement reconnu, le maintien du cours complémentaire doit être sollicité par le Maire, En ce qui le concerne, Monsieur l’Inspecteur Primaire Bernamonte se déclare favorable à la création d’un cours complémentaire à tendance agricole.

Ce cours ne comporterait qu’une seule classe, ouverte aux garçons seulement.

Il nécessiterait :

-       Un terrain d’application ;

-       Un professeur qui pourrait être un agriculteur averti de la localité.

Au bout de deux ans, les élèves particulièrement doués pourraient être orientés :

 -       1. Vers les écoles d’agriculture ;

-       2. Vers le lycée.

-       Un tel cours  répondrait aux préoccupations du gouvernement qui souhaite un retour à la terre.

 Inconvénients du Cours actuel : 

-       Un seul élève est actuellement fils d’agriculteur ;

-       Ce cours risque de demeurer squelettique, les fils de paysans se retirant généralement après le certificat d’études primaires ;

-       Que deviendraient les jeunes filles ?

 Propositions

- Un cours d’agriculture pourrait être envisagé selon les directives de Monsieur l’Inspecteur Primaire ;

-  Et un enseignement ménager  pourrait également être confié à une personne compétente de la localité.

 Conclusion : c’est à la municipalité qu’il appartient de réclamer la « nature des cours » lui convenant le mieux. L’autorité académique statuera après enquête. »

Le 5 mai 1952, le maire Marius Joly, s’inquiète auprès de l’Inspecteur d’Académie, de la suppression du cours complémentaire mixte.

(AD 163 E 1 R 1/3)

Le 2 octobre 1952, il est officiellement supprimé, et il faudra attendre onze ans pour retrouver un établissement secondaire à Trets.

 Du G.O.D. au C.E.G.

En 1963 était mis en place un G.O.D. (Groupe d’Observation Dispersé), installé provisoirement sur le stade municipal. Le directeur était monsieur Jean Trompette. 

Jean Trompette avec une de ses classes

 

Le 16 mars 1965 l’Inspecteur Départemental de l’Education Nationale fait connaître au maire qu’il est envisagé l’ouverture d’une quatrième moderne, dès la rentrée 1965 et donc la transformation du G.O.D. en C.E.G. (Collège d’Enseignement Général).

Le 3 mars 1966, le Ministre de l’Education Nationale affirme que la commune a été retenue comme siège d’un établissement du 1er cycle qui devrait être édifié pour 1971…

Dès le 12 mars 1966, et à la demande de la municipalité Marius Michel, monsieur Savio consent à céder une parcelle de terrain contiguë au stade, et mademoiselle Véran, un terrain mitoyen. La commune est donc prête à recevoir le collège promis.

En 1968, 107 élèves, dont 19 de Peynier et 19 de Rousset, fréquentent le C.E.G.

 

Mais les problèmes sont nombreux

A la rentrée 1969, quatre classes préfabriquées sont sur le stade, quatre autres sur le terrain de l’actuelle école Jean Moulin. La cantine se trouve à l’école Edmond Brun, d’où on a déménagé deux classes vers l’ancien café des Arts, (Actuel magasin Cali) boulevard de la République ! 

A la rentrée 1970, les constructions simultanées de la piscine  et de l’école de filles, permettent le regroupement des préfabriqés, « Les baraques du Père Michel », sur un seul terrain. Le C.E.G. forme enfin une entité !

 

Sécurité compromise, Collège en danger 

Le 15 décembre 1980, un crédit est débloqué. Les dossiers techniques et financiers, montés par le Syndicat Intercommunal étant prêts, l’ouverture du chantier est immédiate… 

Le 8 mars 1982, monsieur Alain Savary, Ministre de l’Education Nationale, inaugure cet établissement dans une ambiance de fête fraternelle, réunissant ceux qui avaient œuvré « Pour un Collège en Dur… » : tous les élèves, les élus du secteur scolaire,  tous les professeurs et de très nombreux parents d’élèves.

 

Alain Savary inaugure le nouveau collège

 

  PUNITIONS ET RECOMPENSES

 L’école sait reconnaître ses bons et ses moins bons élèves, elle veut  récompenser et punir avec discernement.

Les maîtres du XIXème siècle s’appuient sur un règlement détaillé, approuvé le 15 Janvier 1822, entr’autres, par messieurs François Négrel, Maire de Trets, et Chabert, Curé. 

 

 HORS TEXTE N° 13 : Extraits du règlement de 1822

 « Art. 26.

Toutes les fois qu’un enfant annoncera un caractère pervers, qu’il se montrera incorrigible, et que par la dépravation de ses mœurs il pourrait être pour ses condisciples un sujet de chute et de scandale, il sera renvoyé de l’école ; mais le maître aura soin d’en prévenir M. le Curé de la paroisse.

 

Art. 27

Les maîtres mèneront leurs élèves par l’honneur et l’émulation. Ils donneront des récompenses à ceux qui se distingueront par l’amour de l’étude et surtout par leur  bonne conduite. Ils leur témoigneront une confiance particulière ; il les établiront surveillants, ils leur donneront de justes louanges devant leurs condisciples, mais ils infligeront des peines humiliantes aux étourdis et aux paresseux, soit en les plaçant aux derniers rangs, soit en les faisant reprendre pendant la lecture par les plus instruits de l’école.

 

Art. 28

Les instituteurs aimeront leurs élèves comme leurs enfants. Ils leur prodigueront les soins les plus paternels, et ils exerceront sur eux la surveillance la plus tendre et la plus active. » 

Après les lois laïques, l’instituteur aura soin d’user de la carotte pour saluer les performances des élèves, et du bâton pour faire régner la discipline républicaine.

Les élèves surpris à parler patois, les mauvais élèves et les perturbateurs avaient droit à toute une gamme de punitions censées les faire progresser, ou remettre dans le droit chemin :

-       Les lignes fastidieuses à faire : « Je ne dois pas bavarder pendant le cours » ;

-       Les verbes à conjuguer ;

-       La mise au piquet, les mains dans le dos ;

-       Le bonnet d’âne….

Même si les châtiments corporels sont interdits, les expressions « se faire taper sur les doigts » ou bien « se faire tirer les oreilles » cessent d’être des fleurs de langage pour devenir de dures réalités.

A Trets, on se souvient de la règle en ébène noire (« la négresse ») ou la règle en laiton (« la japonaise ») avec lesquelles on se faisait effectivement taper sur les doigts si…

Et pas question de se plaindre à la maison. Non seulement les parents acceptaient les punitions mais souvent ils doublaient la mise…

 Toutefois, l’école d’antan  affectionnait particulièrement les marques de satisfaction et les distinctions remises aux meilleurs élèves :

-       Les bons points gardés précieusement dans une boîte en fer, que l’on cumulait pour obtenir une image ;

-       Les témoignages de satisfaction ;

-       Les diplômes d’honneur ;

-        

Récompenses 

-       La récompense suprême sera longtemps la « croix au mérite » que les bons élèves avaient le privilège d’épingler sur leur sarreau, le samedi et qu’ils rendaient le lundi pour la remettre en jeu.  

A la fin de chaque mois les élèves doivent faire leurs compositions sur leur cahier de « devoirs mensuels ». 

 

Le total des points obtenus désignera le meilleur élève et le classement.

Et à ce classement correspond souvent une position dans la classe : les meilleurs élèves se retrouvent devant, près du maître, et les éternels mal-classés, au fond de la salle. 

En 1920, à Trets, des livrets de caisse d’épargne furent distribués aux meilleurs éléments. 

 

HORS TEXTE N° 14 : Récompenses scolaires en 1920

 Au cours de la préparation du budget 1920, la commission de l’Instruction Publique décida d’instituer des récompenses scolaires sous forme de livrets de caisse d’épargne qui seraient attribués aux élèves les plus méritants.

« Il sera réparti la somme de 100 francs votée par le Conseil Municipal pour doter les écoles municipales de 20 livrets de caisse d’épargne et cela pour encourager la fréquentation de l’école et l’étude. »

Parmi les élèves bénéficiaires, nous trouvons :
 
Lambert Marie
Jatteaux Irène
Meucci Rose
 
Franco Laura
Rafoni Renée
Magnan Yvette
 
Mouttet Gabrielle
 Escarelle Marie-Louise
Costanzo Marie-Jeanne
 
Tardivet Gaston
Larguier Jean-Marie
Curet René
Fournier Marcel
Corgiat Aimé
 
Alberto Claude
Allard Charles
Baille Amaël
 
Négrel Clément
Tardivet Aimé
Négrel Charles.
 

 LE CERTIFICAT D’ETUDES

  

Autrefois l’année scolaire se terminait le dernier jour ouvrable, avant le 14 juillet. Pour les plus grands qui avaient atteint la classe de fin d’études, l’année se clôturait par l’Examen, symbole de la République depuis la loi du 28 mars 1882.

A l’origine on pouvait s’y présenter dès l’âge de 11 ans. L’âge de l’examen a reculé avec celui de la scolarité obligatoire. Il était de 14 ans dans les années 1950.

C’était le couronnement de l’enseignement primaire. Celui ou celle qui avait réussi le certificat pouvait prétendre à une place de facteur, ou à entrer dans l’Administration.

C’était la joie ou la peine pour les candidats, la fierté ou la déception pour les parents et un enjeu pour la bonne ou mauvaise réputation de l’instituteur et de l’école.

Sa préparation était un véritable conditionnement des enfants aux épreuves : bachotage après la classe,  devoirs le soir et encore le jeudi…

-       On apprenait, à résoudre tous les types de problèmes, à éviter les pièges des dictées à trouver des idées pour les rédactions,

-       On ingurgitait les noms des chefs-lieux de nos départements ;

-       On rabachait par cœur les grandes dates de l’histoire ;

-       On s’imprégnait de tous les trucs et ficelles pour affronter les questions de calcul mental….

 

Le Brevet sportif :

Quelques jours avant les épreuves écrites, on passait le brevet sportif, comportant quatre tests d’athlétisme, et un de gymnastique.

Il pouvait apporter de 1 à 3 points.

L’examen :

Il se déroulait suivant un rituel républicain, semblable à celui du conseil de révision.

Tous les candidats du canton se retrouvaient au chef-lieu. A Trets, il était organisé à l’école de garçons.

Les épreuves commençaient par la rédaction. Notée sur 10,  deux sujets au choix étaient proposés, dont souvent une lettre qu’il fallait rédiger et présenter dans la forme administrative que tous les candidats connaissaient. L’épreuve durait 50 minutes.

 

Sujets de dictée

 

La sacro-sainte dictée suivait immédiatement. C’était l’épreuve reine et la plus redoutée. Les règlements officiels prévoyaient un texte de dix lignes imprimées, ce qui se traduisait par une longue dictée manuscrite, truffée de pièges sournois. Cinq fautes entraînaient un zéro… et le zéro était éliminatoire pour l’ensemble de l’examen.

La dictée était suivie de questions :

-       Sur la compréhension du texte ;

-       Sur l’explication de mots ou d’expressions contenus dans la dictée ;

-       La troisième question proposant l’analyse grammaticale de 3 ou 4 mots.

Après une courte récréation, les candidats devaient résoudre deux problèmes indépendants, l’un noté sur 8, l’autre sur 12.

 

Suivait une interrogation en histoire, géographie ou sciences. Dans ce dernier cas, le candidat devait répondre à des questions différentes, selon qu’il demeurait à Aix ou qu’il était bassaquet..

 

Pendant que les garçons s’adonnaient aux plaisirs du dessin – souvent un croquis-côté – les filles devaient prouver qu’elles étaient bien préparées à leur rôle de mère au foyer. Elles devaient démontrer leur savoir-faire à l’aiguille : point avant, point arrière, point de croix…

Pour terminer dans la joie, chaque candidat se présentait devant deux examinateurs et tirait au sort : récitation ou chant ! Les récitations étaient issues des œuvres de nos grands poètes et écrivains, tels que La Fontaine ou Victor Hugo.

Les cinq chants, comprenaient toujours

- 3 chansons patriotiques, du répertoire commun à tous les petits français :

      -    Le Chant du Départ ;

-       Le Régiment de Sambre et Meuse;

-       Et bien sûr, 3 couplets de La Marseillaise : Allons enfants…, Amour sacré… et le couplet  des enfants : Nous entrerons dans la carrière…

 -Plus 2 chants régionaux.

A l’issue des épreuves et des corrections, l’Inspecteur Primaire annonçait solennellement les résultats.

 

Le garçon ou la fille qui avait obtenu la meilleure moyenne était proclamé « Premier du Canton » et obtenait un Prix de la Délégation Cantonale. L’instituteur qui avait préparé cet élève regagnait son école entouré de l’admiration générale. Les parents des élèves qui avaient réussi repartaient fièrement avec le diplôme sous le bras pour aller faire encadrer ce précieux trophée de papier grand format, magnifiquement illustré.

Le certificat d’études sera supprimé en 1991, ce qui entraînera une nostalgie durable. Cet examen deviendra Culte !

Voici les résultats scolaires à Trets en 1956 :

 
HORS TEXTE N° 15 : Les résultats scolaires 1956

 

 « Les épreuves du C.E.P.E., pour le canton de Trets, se sont déroulées à Trets, le 18 juin 1956, sous la présidence de monsieur Deneys, Inspecteur Primaire.

Etaient candidats :   26 garçons, 17 filles.

Ont été admis :         20 garçons, 14 filles.

Le prix Gautier a été décerné par moitié à Climi Henri, de l’école de garçons de Trets qui a réussi le premier de tous les candidats du canton, et à Gasperoni Germaine, de l’école publique de Trets, qui a été la première des filles du canton.

Voici pour Trets, les candidats reçus :

Ecole publique de garçons :

Bertin Jacques                                                        Modeste Daniel

Chauvin Auguste                                                    Négrel Marcel

Climi Henri                                                               Sigaud Jules

Doudon Robert                                                       Soldati Claude

Garcia Jean-Pierre                                                 Verlaque André

Gautier Gilbert

Ecole publique de filles :

Bianchino Monique                                                Molinas Andrée

Gasperoni Germaine                                             Richard Lucienne

Signalons que Baux Michel, élève du C.C. de Saint Maximin, a réussi, lui aussi, à cet examen, ainsi que Serra Jean-François.

 

Examen d’entrée en 6ème : ont réussi à cet examen :

Ecole publique de garçons :

Audric Thierry                                                          Costanzo Jean-Pierre

Barthélémy Francis                                                Négrel Alain

Ecole publique de filles :

Delaunay Claude

Delaunay Françoise

Deleuil Roseline

Les résultats pour deux autres élèves qui se présentaient dans le département du Var, ne sont pas connus pour l’instant. »

 

 LA DISTRIBUTION DES PRIX

 Centre de l’instruction, l’école est aussi le lieu où enfants, enseignants, parents et personnalités se retrouvent pour la distribution des prix, en fin d’année scolaire.

L’école devient alors un lieu de fête, où chaque classe se produira sur une estrade parée de bleu, blanc, rouge.

 

Les filles vont chanter

 -       Les petits, déguisés de couleurs vives, et sérieux, se prennent par la main pour faire une ronde, devant leurs parents, très fiers.

-       Chaque classe présente un chant appris dans l’année.

 

 

 -       Les gymnastes des grandes classes effectuent généralement une belle pyramide… 

       -…avant  de laisser place à la solennité pour la remise publique des  récompenses aux élèves les plus méritants.

 Le Maire, ceint de son écharpe, le Directeur et les enseignants prennent place derrière une table  nappée de vert où sont empilés de superbes livres à tranche dorée. Les instituteurs appellent tour à tour les élèves qui reçoivent fièrement leurs prix d’excellence, d’honneur, d’orthographe, de calcul, d’assiduité… des mains des notables, alors que les parents endimanchés se montrent encore plus fiers que leurs enfants.

Ce moment de gloire républicaine et de consécration a disparu à la fin des années 60, faisant place, à Trets, à de belles fêtes des écoles.

Programme de fête scolaire 

 

CONCLUSION

 Avec la distribution des prix s’achevait l’année scolaire, mais aussi aujourd’hui, cette causerie-lecture. Nous n’avons pas tout dit !

 -       En effet, nous aurions voulu évoquer certaines pratiques d’apprentissage depuis la méthode syllabique jusqu’à la pédagogie Freinet en passant par le ballon devenu le « Référentiel bondissant »…

-       Nous aurions aimé vous parler du matériel scolaire, du cartable en bois, en toile ou en cuir, du plumier à étage, de l’ardoise et des plumes sergent major.

-       Pour le plaisir, on aurait voulu raconter la récréation en toute saison,  les jeux actifs des garçons ou bien, plus calmes, des filles.

-       On aurait pu rappeler la visite médicale et la cuti-réaction réalisées en toute intimité…derrière le tableau de la classe.

-       Ou encore évoquer ces photos que nous aimons redécouvrir périodiquement, avec mélancolie.

-        

-      

-       Une classe de Monsieur Bourlier

Mais nous avons choisi de nous attarder sur l’histoire de l’éducation à travers celle de nos écoles et vous donner matière à réflexion.

 

-       Je voudrais, encore vous rappeler les manifestations :  

Mémoire d’écolier

et  Messages pour l’avenir

 

que les Amis du Village ont organisées avec la ville en 2002. 14 ans déjà…

Et il ne reste plus que … 34 ans avant l’an 2050 et avant que 350 élèves devenus sexagénaires ne redécouvrent les messages qu’ils se sont écrits avec beaucoup de sérieux cette année-là, et qui sont au secret  au château.

 

 

Encore mille Mercis…

-A tous mes Amis qui se sont investis lors de la causerie, dans les lectures parfois délicates des « Hors texte » : Paul Moutte, Yves Monnet, Jacques et Elyane Goy, Yvette Ballatore, Annie Durbesson, Christiane Willig, Marie Thé Miniotti, André Legat, Alain Guiony, Rosye Van Oost, Suzanne Négrel, François Coquillat,  mais également à ceux qui travaillent dans l’ombre tel notre dévoué Jacques, derrière la lumière du projecteur,  ou encore Albert Gastaud, toujours présent et efficace…

-A tous ceux qui depuis des années, nous ont confié ou donné des documents, et aujourd’hui, spécialement à Josette Luquet pour ses valises de livres d’école, et à Françoise Bourlier pour le prêt des photos des classes de son père.

 

-Et un Merci majuscule à mon fidèle complice, Roland Dolla, qui depuis la création des « Amis du Village », m’a accompagné, encouragé dans toutes nos entreprises.

ANNEXE 

« LE CERTIFICAT D’ETUDES »  

 

 

VERSION « MEMORI E RACONTE »

SAMEDI 19 NOVEMBRE 2016  

LE CERTIFICAT D’ETUDES

 Non ! Aucun diplôme ne remplacera jamais le prestigieux certificat d’études, symbole de la République depuis 1882 et pendant près d’un siècle.

C’était le couronnement de l’enseignement obligatoire.

C’était        la joie ou la peine pour les candidats,

                   la fierté ou la déception pour les parents,                   

Sa préparation était un conditionnement acharné des enfants aux épreuves : bachotage après la classe et même le jeudi, les candidats devaient aller à l’école !

-      Le maître gavait ses élèves :

de dictées : ils devaient répéter à l’envi les règles d’accord des perfides participes passés ;

 Ah ! cette satanée langue française qui ne joue que sur des règles aussitôt bafouées par d’impressionnantes séries d’exceptions : choux, genoux cailloux…

Ah ! Ces consonnes rusées qui par moment savaient rester simples mais parfois s’amusaient à se dédoubler sans s’expliquer pour nous narguer :

« Le combattant combatif suivait son colonel en tête de colonne »….

Ah ! Ces phrases qu’on pouvait comprendre de deux façons :

«Les poules s’étaient échappées dès qu’on leur avait ouvert la porte »

 

-      Le maître faisait aussi ingurgiter aux enfants, tous les types

De problèmes 

Ah ! Ces trains qui partaient l’un de de Carnoules à 5 h 30, l’autre de Gardanne à 6 h 12 et qui devaient se croiser à Trets !

Ah ! Ces héritages où la part de Paul, l’aîné, était le double de la part de Martine la cadette !

Ah ! ces robinets qui devaient remplir des auges qui s’acharnaient à avoir des fuites ! ….

Combien de gouttes de sueur et de larmes ont-ils fait couler ?

Combien de candidats ont-ils fait sombrer ?

Et puis, après les exercices écrits, le maître s’assurait encore que ses élèves :

-avaient ingéré les noms de tous les départements, de leur préfecture et de leurs sous-préfectures ….

-connaissaient sur le bout des doigts les affluents de nos fleuves, les hauteurs des principaux sommets de notre pays…

-et pouvaient réciter par cœur l’interminable liste des grandes dates de l’histoire de France !

Et puis, avant de se quitter et d’aller faire les devoirs habituels à la maison… on n’échappait pas à quelques exercices de calcul mental dont on devait avoir compris les trucs, les ficelles, les mécanismes…

Les élèves regagnaient ensuite leur maison, la tête sifflant comme une cocotte-minute, les neurones formant un boulgui boulga en fermentation.

N’est-ce pas Elyane ?

ELYANE CHANTE :

 UN EXTRAIT DE « LE LYCEE PAPILLON »

VERCINGETORIX……..SUR UN ECHAFAUD

 

Quelques jours avant les épreuves écrites, on passait le brevet sportif.

En effet, la mission de l’école était de développer « un esprit sain dans un corps sain », avec les objectifs suivants : savoir marcher, grimper, lancer, sauter, porter, courir, tirer, soulever, attraper…

Objectifs résumés pour les maîtres par la phrase mnémotechnique coquine :

Les épreuves, avec des barêmes ultra sophistiqués, consistaient en :

-une course de 60 m que l’examinateur chronométrait avec la trotteuse de sa montre personnelle… c’est ainsi qu’en 1960, j’ai pulvérisé le record du monde…

-un lancer de poids : 5 kg pour les garçons, et 3 kg pour les filles.

-un grimper à la corde lisse accrochée à une branche d’arbre, à peu près à 3m de haut…

-et des mouvements enchaînés imposés.

Le brevet sportif apportait 1, 2 ou 3 points qui seraient ajoutés au total des notes des autres matières.

 

Après ces épreuves, la tension montait encore d’un cran et tout ce que les élèves avaient avalé semblait s’agiter en mêli-mêlo dans leur coucourde …

Ecoutez la candidate Elyane :

 

ELYANE CHANTE :

UN EXTRAIT DE « LE LYCEE PAPILLON »

C’EST EN NORMANDIE…..PHILIBERT BESSON

Le jour J, les élèves, bien lavés, bien brossés, bien peignés, enfilaient leurs habits du dimanche et se retrouvaient à l’école de garçons, l’actuelle école Edmond Brun.

 

L’examen commençait par la rédaction : L’épreuve durait 50 minutes.

On enchaînait sur la sacro-sainte dictée truffée de pièges sournois.  C’était l’épreuve reine et la plus redoutée.

5 fautes étaient sanctionnées d’un zéro. Et le zéro était éliminatoire !

Pour réduire quelques difficultés, les examinateurs s’efforçaient d’accentuer les consonnes doubles : « j’ai cor-rigé… » « im-mense » « in-nombrable »…

Quelquefois, une surprise venait d’examinateurs ayant un accent parisien prononcé… Pour éviter les erreurs des élèves dubitatifs, un autre examinateur qui parlait comme tout le monde procédait à une 2ème lecture du texte.

La dictée était suivie de « questions ».

Puis, une courte récréation permettait aux candidats d’aller aux cabinets. Dans la cour, les maîtres guettaient les expressions et les impressions de leurs élèves et s’efforçaient d’apaiser les anxieux, de les réconforter et de les encourager.

Ensuite, retour en classe, où les candidats devaient affronter deux problèmes. L’un, noté sur 8 et l’autre sur 12.

 En voici un que vous voudrez bien résoudre avant d’aller, vous aussi au petit coin :

Le calcul mental clôturait la matinée.

L’épreuve comportait cinq questions. Les candidats disposaient de 10 secondes, montre en main, pour y répondre.

Allez, un coup de baguette magique. Vous avez 14 ans, et vous passez le certif… Attention des Bons Points sont à gagner :

Œ Le car Barlatier part de Trets à 12 h 50 et arrive à la Rotonde, à Aix, à 13 h 35. Combien de temps a-t-il mis ?..... (45 mn)

 Quelle est l’aire d’un jardin de 30 m de long et de 25 m de large ?..... (750m2)

Ž Combien de litres de vin faut-il pour remplir 12 bouteilles de 75 cl ?..... (9l)

 Un club de foot achète 11 maillots à 36 € l’un. Quel est le montant de la dépense ?..... (396 Euros)

 Une somme de 1600 € est placée au taux de 0,5 % à la Caisse d’Epargne. Combien aura-t-elle produit d’intérêt après un semestre ?..... (4 Euros)

 

Après le repas de midi, les élèves regagnaient la salle d’examen, pour répondre aux questions d’histoire-géographie ou sciences.

Testons ce qui nous reste de ces années-Bonheur :

En histoire :

1) Que se passa-t-il en l’an 800 ?

R : Charlemagne est couronné empereur.

2) Et en 1515 ?

R : le Roi François 1er bat les Suisses à Marignan.

3) Que se passa-t-il le 14 juillet 1789 ?

R : la prise de La Bastille par les émeutiers.

4) En quelle année la Provence est-elle devenue Française ?

R : en 1481

Et en Géographie

1) Où la Loire prend-elle sa source ?

R : au Mont Gerbier de Jonc.

2 Quelle est la longueur du Rhône ?

R : 812 km dont 522 en France.

3)  Quelle est l’altitude du Mont Blanc ?

R : 4807 m – 4808 m.

4): Quelles sont les préfectures des départements suivants :

         1) Var                                     (Toulon)

         2). Gard                                 (Nîmes)

          3). Aude                                (Carcassonne)

          4). Pyrénées Orientales      (Perpignan)

 

 

On approchait de la fin des épreuves. Pendant que les garçons s’adonnaient aux plaisirs du dessin – souvent un croquis côté – les filles devaient prouver qu’elles s’étaient préparées à leur rôle d’épouse et de mère au foyer en réalisant un ouvrage à l’aiguille : faire un ourlet, marquer le linge - point avant, point arrière, point de croix.

Et enfin pour terminer dans la joie, chaque candidat se présentait devant deux examinateurs et tirait au sort : récitation ou chant !

 

-« Elève Josette, vous qui avez attendu 60 ans pour vous débarrasser de vos livres scolaires, chantez nous : « Magali »….

 

 

 

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Trets au coeur de la Provence

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